Accueil L'Hospitalité Les Pèlerinages Les Malades Le Message Les Informations Nous contacter

© HDT asbl 2015
Termes et conditions d’utilisation

Politique de confidentialité

Plan du site

Hospitalité Tournai asbl

Rue des jésuites, 28

7500 Tournai

Belgique

www.hospitalite-tournai.be

BCE 0549.801.740

« Venez et voyez » « Voulez-vous me faire la grâce De venir ici... » (Notre-Dame à Bernadette) « Il faut que j’aille à la grotte; Dépêchez-vous  si vous voulez m’accompagner »  (Bernadette) Accueil Les Témoignages

LE MIRACLE DE LOURDES COMMENCE SUR UN QUAI DE GARE

Le miracle de Lourdes commence sur un quai de gare. La gare de la Cité des Cinq Clochers.Même le soleil, si timide et si craintif en cette année 2012, ne joue plus l’effarouché. Il inonde de ses rayons le wagon infirmerie immobilisé sur le quai numéro 1. Et c’est comme si les dieux eux-mêmes s’invitaient pour ce grand pèlerinage diocésain. Et c’est comme si le temps lui-même arrêtait sa course quelques instants.

Car à partir de ce moment, Sœur Paula, Marie-Line, Catherine, Christine, Brigitte, Thérèse, Monique, Elisabeth, Boris et tous les autres n’ont plus leur corps : ils sont devenus les jambes, les bras et les mains de ceux qui souffrent, de ceux qui entrent, grâce à un plan incliné, dans un wagon où ils demeureront alités durant plus de 18 heures.

Ils sont 27. 27 étudiants et professeurs de la catégorie paramédicale de la HELHa et de l'Institut Iteho-Jeanne d'Arc (implantations de Tournai et de Mouscron). 27 à prendre de leur temps, à prendre sur leurs congés, à payer leurs frais de transport et de séjour. Car l’essentiel n’est pas dans le matériel, dans l’économique ou le rentable : la seule rentabilité, durant cette semaine, est celle du don. Du don total de soi. Sans jamais rien compter ni comptabiliser. Si l’on additionne, on n’aime déjà plus.

Sept jours à aider le malade lors de sa toilette, de ses repas, de ses déplacements vers la grotte et les offices religieux. Sept jours à être à l’écoute, à adopter la posture du service tout en respectant et en stimulant l’autonomie de la personne malade. Sept jours à veiller au suivi des actes infirmiers : distribution des médicaments, pansements, injections, sondage… Sept jours à s’oublier. Sept jours à prier.Mais le miracle, lui, a déjà commencé.

Sur le quai numéro 1 de la gare de Tournai.

Peut-être, d’ailleurs, sont-ce les sourires de ce 17 juillet 2012 qui ont incité le soleil à sortir de sa réserve : « Moi, c’est ma quatrième année » ; « moi, la 19e année déjà » ; « je te présente ma nièce : c’est la première fois qu’elle accompagne le pélé ».

Professeur retraitée de l’institut Jeanne d’Arc, Sœur Paula (j’hésite à écrire qu’elle est la cheville ouvrière de cette organisation, tant sa modestie naturelle risque d’en souffrir), Sœur Paula, disais-je, m’invite à parler avec Boris, qui aide précisément les malades à entrer dans le wagon infirmerie. Je m’y rends immédiatement. Boris est occupé, naturellement. J’attends quelques instants. Puis, un homme se présente à la porte du wagon : grand et fort, il a une trentaine d’années, est professeur d’éducation plastique à l’école Saint-Julien d’Ath. Avec ses boucles d’oreilles, avec ses piercings, que ne renierait pas Guy Gilbert, Boris me montre le vrai visage du pèlerinage diocésain. Celui où la seule jeunesse est celle du cœur.

« J’étais proche de l’ancien chef des brancardiers, énonce-t-il. C’est naturellement que j’ai continué son travail. Au début, c’est vrai, j’étais impressionné. Ce wagon, vous savez, a aussi un aspect un peu étrange, et même un peu lugubre. D’ailleurs, venez, montez ! ». Je m’exécute. C’est vrai que ce wagon est pour le moins singulier, pour le moins surprenant. Les malades sont installés dans leur couchette. J’entends parfois des plaintes et de légers gémissements. J’ai peur d’imaginer ce que ça doit être la nuit quand la douleur se fait plus sourde. Je sais que Sœur Paula la passera, cette nuit, et toutes les autres et je l’imagine au chevet de chacun, prenant le temps de leur parler, d’écouter, de prier. Et de rire, surtout. Parce que je ne lui connais pas d’autre attitude et sais son sens aigu de l’humour et du second degré.

Dans le wagon, Catherine me permet de rencontrer Grégory, atteint d’une maladie congénitale qui le prive de l’usage de ses membres inférieurs. Grégory est rayonnant : « C’est la semaine de l’année où je suis le plus heureux ! Là-bas, à Lourdes, tout le monde est « normal », si je puis dire ; il n’y a pas de barrière, pas de frontière, pas de cloisonnement. Lourdes, c’est le temps du ressourcement, du renouvellement d’énergie. Quand je participe aux offices, je reçois une force qui est celle de l’Esprit. Mais ce qui prime, c’est aussi et surtout le relationnel, les liens avec les personnes, au-delà du physique. On se connaît tous. On est ravi de se voir et l’on songe aussi avec beaucoup d’émotion à ceux qui ne sont plus ». (Grégory ne peut s’empêcher de laisser s’échapper quelques larmes qu’un immense et beau sourire vient calmer aussitôt). Et je descends du wagon en songeant à cette phrase d’André Comte-Sponville : « Nous n’aurons de bonheur qu’à proportion du désespoir que l’on aura pu assumer ».

Il est bientôt l’heure de partir ; Sœur Paula rejoint l’équipe du wagon infirmerie. « 27 étudiants et professeurs, susurre-t-elle. C’est deux de plus que l’année dernière ! » Et les deux doigts qu’elle pointe délicatement sont déjà signe de victoire. Et de miracle.

Mais voilà que le train s’ébranle et que l’émotion m’envahit alors que le dernier wagon se fait de plus en plus petit tout au bout de la voie.

C’est à ce moment que je surprends la conversation d’une maman dont la fille est paralysée depuis l’âge de 15 ans : « Elle ne partirait pas, s’il n’y avait pas Boris et Sœur Paula » Et elle ajoute : « L’année dernière, au retour, ils avaient des visages rayonnants. On aurait dit qu’ils revenaient du ciel ».

Quand je vous disais que les miracles commencent sur des quais de gare.

Jean-Luc Dubart, 19 juillet 2012, chargé de communication à la Haute Ecole Louvain en Hainaut


.