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« Venez et voyez » « Voulez-vous me faire la grâce De venir ici... » (Notre-Dame à Bernadette) « Il faut que j’aille à la grotte; Dépêchez-vous  si vous voulez m’accompagner »  (Bernadette) Accueil

TÉMOIGNAGE D'UNE HOSPITALIÈRE :

Le jour de l'arrivée du pèlerinage diocésain à Lourdes, une belle célébration eucharistique a rassemblé les malades à la Basilique du Rosaire. Pierre, étendu sur son brancard, était au premier rang. Quoi de plus beau pour lui? Mais, avant la fin de la célébration, il a dû sortir car il ne se sentait pas bien. La maladie l'avait affaibli et une heure de célébration dépassait ce qu'il pouvait supporter. Nous nous sommes préparés à rejoindre la grotte avec tous les malades du diocèse. Là, nous avons voulu faire passer Pierre sous le rocher mais il nous demandait de le laisser là. Croyant qu'il ne savait pas que c'était possible, nous insistions. Et lui aussi... jusqu'à ce que des larmes coulent sur son visage et que sa maman nous dise: "... mais écoutez-le!". A ce moment, je me suis aperçue que son épouse aussi pleurait.

De retour à Saint-Frai, je me suis rendue dans la chambre de Pierre. Je l'ai trouvé abattu. C'était normal après un long voyage et le malaise qu'il avait eu à l'église, mais quelque chose en moi m'a poussée à lui demander ce qui n'allait pas. Pierre, alors m'a dit : "Vous me traitez comme un enfant. Quand vous voulez me demander quelque chose, vous vous adressez toujours à mon épouse." Il avait raison. Je réagissais comme s'il était intellectuellement diminué alors que sa maladie était physique. Ce n'était pas la première fois qu'à Lourdes, j'étais amenée à prendre conscience qu'un malade a le droit de s'exprimer, d'être écouté, de faire ses propres choix.

Après quelques minutes de silence, je m'apprêtais à me rendre chez les autres malades quand je me suis sentie poussée à demander à Pierre ce qu'il désirait. Pierre avait trois rêves: aller aux piscines, contempler Marie de l'autre côté du gave, là où se tenait Bernadette lors de la dernière apparition et assister à un bout de célébration dans la basilique souterraine pour y ressentir la ferveur de la foule et y écouter les grandes orgues. Il m'a aussi confié sa crainte de devenir inconscient avant d'avoir pu réaliser ces trois rêves. En effet, la maladie progressait rapidement et il avait connu des moments d'inconscience avant son départ à Lourdes.

Comment cela pourrait se faire vu le planning chargé qui nous attendait ? J'étais sur le point d'aller consulter les responsables quand je me suis souvenue que j'avais le planning dans ma poche. Je l'ai ouvert et nous l'avons étudié ensemble. Pierre n'étant pas capable d'assister à une eucharistie vu sa fatigue, une plage se dégageait déjà le lendemain matin. Il pourrait aller aux piscines. Je m'engageais à obtenir l'accord des responsables et à lui trouver un brancardier. C'est Arlette qui l'accompagnerait car, étant piscinière, elle pourrait veiller à ce que tout se déroule au mieux. Je les ai quittés en leur promettant de leur envoyer Arlette pour qu'ils puissent préparer cette démarche ensemble.

A partir de là, Pierre, son épouse, sa maman et son fils - qui était venu le rejoindre le jour suivant - ont vécu un pèlerinage "à la carte". Pierre est allé trois fois aux piscines et tous les jours, il a passé du temps de l'autre côté du gave en face de la grotte. Malheureusement, le jour où il devait se rendre à la basilique souterraine, il n'était pas bien. Un CD dont la procession eucharistique était enregistrée dans cette magnifique église a remplacé la présence réelle.

Au cours de ces cinq jours passés ensemble, nous avons été accueillis dans l'intimité de cette famille dont le pilier était Pierre. Notre cœur était rempli d'admiration devant la simplicité de Pierre, le dévouement de son épouse, la discrétion de sa maman, la reconnaissance de son fils, le souci de Pierre de préparer chacun à la séparation prochaine.

Nous sommes rentrés en Belgique le mercredi et, le dimanche, Pierre est décédé paisiblement, entouré des siens. Les funérailles parlaient de service, d'amour, de bonheur, de respect mutuel. Elles étaient tout sauf tristes et Pierre était vraiment présent, vivant parmi nous qui avions eu la grâce de le côtoyer et qui l'aimions comme un frère.

Merci, Pierre, pour ce bout de chemin vécu avec toi et les tiens. Tu es vivant.


Béatrice GAHIMA



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